Origine et histoire de l'Hôtel de Brantes
L’hôtel de Brantes trouve ses origines dans trois maisons acquises entre 1622 et 1685 par la famille del Bianco (francisée en du Blanc), une lignée de nobles florentins installés à Avignon. Olivier du Blanc, gentilhomme et collatéral (inspecteur-commissaire) des troupes pontificales, achète la première maison en 1622. Son fils Alexandre, également collatéral et gouverneur du château de Sorgues, acquiert les deux autres parcelles et fait raser les bâtiments existants pour ériger un hôtel entre août 1685 et novembre 1686. L’attribution de sa conception à Pierre II Mignard, bien que plausible, reste hypothétique.
Au XVIIIe siècle, l’hôtel devient le symbole du prestige des du Blanc, marquis de Brantes. Pierre du Blanc, fils d’Alexandre, agrandit le domaine en 1697 et qualifie l’édifice de « grande maison neuve » en 1728. La façade, marquée par des chaînes de refend et des œil-de-bœuf ovales, pourrait avoir été remaniée dans la seconde moitié du XVIIe siècle. En 1784, Marc Louis du Blanc de Brantes, arrière-petit-fils d’Olivier, finance un aérostat lancé depuis son domaine de Sorgues, illustrant l’esprit innovant de la famille.
La Révolution épargne l’hôtel, la famille n’ayant pas émigré. En 1809, il passe par alliance à Jean-Girard Lacuée de Cessac, général et ministre de la Guerre sous Napoléon, puis doyen de l’Académie française. Refusé comme résidence pour l’archevêque en 1808, il abrite aujourd’hui les services culturels d’Avignon. Classé monument historique en 1932, il témoigne de l’influence des élites italiennes dans le Comtat Venaissin et de l’évolution architecturale avignonnaise.
L’édifice se distingue par son histoire liée aux charges militaires pontificales, détenues héréditairement par les du Blanc. Les alliances matrimoniales (Calvet, Piélat, Cambis) et les fonctions occupées (gouverneurs, trésoriers de la Légation) soulignent leur intégration dans l’aristocratie locale. L’opuscule sur l’aérostat de 1784, rédigé avec l’archéologue Antoine Artaud, révèle aussi leur ouverture aux Lumières.
Architecturalement, l’hôtel allie sobriété classique et détails baroques tardifs, comme les lucarnes ovales. Sa localisation en plein centre d’Avignon (2 rue Petite-Fusterie), près du palais des Papes, renforce son statut de symbole du pouvoir noble sous l’Ancien Régime. La conservation de son usage institutionnel depuis le XIXe siècle en fait un lieu vivant du patrimoine avignonnais.